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  • Jean Benjamin Jouteur

Assis sur terre, debout au paradis de JeF Pissard

Retour un peu spécial pour bouquin un peu spécial.


L’exposé d’un registre réaliste et parfois dérangeant.

             Retour un peu spécial pour bouquin un peu spécial.


Pas de héros craquant au regard gris acier et à la musculature parfaite, pas de bimbo blonde, forte et fragile, maniant l’arc comme personne, pas de meurtre, pas d’enquête, pas de romance, pas de magnifiques paysages, pas de, pas de…


Alors quoi ? me direz-vous, rien ?


Eh bien si, un quotidien brut de décoffrage de gens… Spéciaux. C’est-à-dire ? Des pas comme nous, des différends, des cassés ou des « pas finis ». Pas facile de localiser l’humain se cachant dans un corps tordu. Pourtant il est bien là. Planqué quelque part, compliqué et fantasque, éphémère et changeant. Insupportable parfois, voire violent avec lui-même ou avec les autres… Comme le sont tous les humains quoi ! Uniques et particuliers, avec leurs exigences, leurs sales manies et leurs côtés pourtant attachants.


Au fil de son apprentissage, tout en nous apprenant, l’auteur apprend à le chercher cet humain camouflé, à le trouver, à le reconnaître, à le manier, à communiquer avec lui, à l’apprécier, à tenter d’atténuer ses blessures.


C’est quoi ce bouquin ? L’exposé d’un registre réaliste et parfois dérangeant. La mise en mots d’un univers ignoré. Tout un panel de mots couchés sur le papier par un témoin actif qui découvre tout en décrivant. À moins que ce ne soit le contraire.


On lui emprunte son regard à ce mec-là, on lui vole ses surprises. Par procuration on vit ses petites joies ou ses petites victoires… Ça n’a l’air de rien ou de pas grand-chose… Ça n’en a que l’air, parce qu’en fait, c’est énorme ! Énorme ce que de simples gestes prodigués, ce que l’attention, ce que l’écoute du silence peuvent apporter comme réconfort à des abîmés pourvus d’une âme.


Une âme ? Oui, vous avez bien lu, une âme ! Car chez tout humain, sculptural ou déformé, il y en a une ! L’auteur sans pour autant la nommer, semble même l’affirmer, insister. Et à mon sens il a bougrement raison. Il faut parfois savoir chercher.


Mais à mon avis, faire l’effort de chercher n’est pas suffisant pour comprendre et accepter ! Il faut également une bonne dose d’humilité, de pudeur, de volonté et de professionnalisme pour oser apprendre à le faire.

Ce bouquin est presque une méthode, un cahier du jour tenu par un aide-soignant. Il est utile parce qu’humainement enrichissant.


« Aujourd’hui il se passe ci ou ça. Diarrhée de machin à traiter, grosse colère de Truc à gérer, crise, peur, solitude et fou rire. Journée importante aujourd’hui, nouvelle arrivée, visite de la famille »


Des petits riens, notre monde est fait de petits riens, le leur aussi. Après tout, on se ressemble, un peu.


Pas de recherche de style, c’est télégraphique, répétitif, efficace, précis. Ça informe, ça ouvre les yeux, ça vous dit : « Aucune leçon à tirer de tout ça, acceptez simplement d’entrevoir comment ça se passe, c’est journalier et ce n’est pas loin de chez vous ».


Il me prend l’envie d’énumérer une liste de mots : « Expérience, témoignage, rapport, parcours, quotidien, réalité, souffrance, joie, corps, métier, utile, acceptation, quête, fêlure » J’aurais pu en trouver bien d’autres.


Confiné dans une époque étrange lors de laquelle à vingt heures des balcons applaudissent par mimétisme des soignants qu’ils ignoraient il y a peu, il est bon de rappeler que d’autres, des modestes et des anonymes, sont aussi et à longueur d’année en première ligne. Pour le boulot qu’ils font, eux aussi méritent leur part d’applaudissements. Et pas du haut d’un balcon parce que c’est une mode qui passera, comme toutes les modes. Lire ce bouquin, en parler, remplacera très avantageusement une salve d’applaudissements.




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