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  • Jean Benjamin Jouteur

Bicéphale de Catherine J.Mottier

Le polar labyrinthe

Quel esprit tortueux elle possède la dame !

             Mais quel esprit tortueux elle possède la dame ! Dans le dédale enchevêtré de son imaginaire débridé, même une maman chatte équipée d’un détecteur de mouvements n’y retrouverait pas ses petits.


Je me suis même demandé s’il n’arrivait pas à l’auteure de s’égarer elle-même dans son propre labyrinthe.


L’une des choses que je retiens de ce bouquin, c’est le point commun que partage la quasi-totalité des personnages, à savoir une capacité presque sans limites à échafauder des plans aussi délirants que saugrenus, dont la mise en application ne peut que les desservir, les anéantir, les ridiculiser… C’est-à-dire provoquer exactement le contraire ce qu’ils comptaient obtenir, en plus d’obscurcir une situation déjà bien compliquée.


Ça en devient presque jouissif ! Si ! Si ! On se demande à chaque page, quelle nouvelle stratégie extravagante va-t-elle encore pouvoir germer dans l’esprit totalement barré des protagonistes.


En lisant on marmonne :


« Non ! Sérieux Caroline, tu ne vas pas faire ça ! »

« Gabriel, tu es stupide, d’accord, mais quand même pas à ce point-là ! »


On en veut presque à l’auteure de ne pas nous fournir le « 06 » de ses personnages afin qu’il nous soit possible de les appeler, histoire de copieusement les sermonner.


Tout ceci est servi par une écriture de qualité, riche, efficace, des plus logique (elle), et surtout très performante lorsqu’il s’agit de témoigner d’une ambiance ou d’un décor. Le lecteur voit clairement ce qui est décrit. Il accompagne la narratrice. C’est vraiment agréable à lire. On est comme au ciné. Les endroits délicieusement glauques que l’on visite sont divers et variés et font définitivement penser aux sites utilisés par le cinéma pour le tournage des thrillers (ou des films d’horreur). C’est très bien fait, je dirais même très bien filmé.


Par contre j’avoue avoir eu plus de mal à comprendre ou même à croire à la totalité du profil de certains personnages et aussi aux motivations qui parfois les animent. On se dit (ou je me demande du fait de mon esprit retord) pourquoi il (ou elle) s’embarque-t-il dans de telles complications machiavéliques alors qu’indiscutablement il existait des solutions bien plus simples venant tout naturellement à l’esprit ? Trop d’effets peuvent de temps à autre tuer l’effet s’ils ne sont pas justifiés.


Tout le long du bouquin, on se balade avec plaisir sur de fausses pistes, sur des indices « peau de banane », attention ça glisse.


On se prend tour à tour à apprécier, à supporter, à plaindre, à réprouver voire à exécrer tel ou tel protagoniste suivant les situations qu’il affronte. Untel est sympathique dans ce paragraphe, puis il devient un abruti insupportable, ou un psychopathe particulièrement tordu  au cours du paragraphe suivant. Est-ce gênant ? Pas vraiment, sauf lorsque ça vient contredire un profil psychologique déjà mis en place. Quand un changement de personnalité s’opère trop brutalement (et sans explications), on peut se perdre.


Malgré ces petites réserves, je tiens à préciser que chaque fois que j’ouvrais ma liseuse pour reprendre ma lecture, je le faisais avec un réel plaisir, pressé de retrouver les péripéties tordues de toute cette bande de joyeux azimutés.


Et, je n’ai pas vu la fin arriver… Ce qui est un point positif de plus pour un roman policier (à qui il peut arriver de prendre des allures de thriller) mais qui, pour moi, n’en n’est pas un.


Donc un bouquin que je conseille pour sa qualité d’écriture, pour sa construction efficace, pour la richesse des décors et des situations, pour une narration sans faille et enfin pour sa galerie de personnages.




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